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LE DEUIL : NORMALITÉ ET ANORMALITÉ


Un décès dans la famille assombrit le moral de ceux qui restent, perturbent plus ou moins le cours normal de l'existence et peut même soulever de violentes réactions à divers niveaux. Personne ne peut échapper à cette réalité : tôt ou tard, un de nos proches mourra. Toutefois, il est bien naturel d'oublier cette éventualité, de la repousser le plus tard possible, car la vie demande qu'on lui consacre beaucoup de temps, d'énergie, d'amour et de foi en l'avenir. Ainsi, on a beau savoir que la mort est normale, elle est souvent perçue comme accidentelle quand elle survient près de nous, surtout dans les situations inattendues ou tragiques.


Mais si le deuil est un événement normal de l'existence, il est tout aussi normal qu'il soulève quantité d'émotions et qu'il provoque une déstabilisation. Cependant, beaucoup de gens éprouvés par la mort d'un proche se sentent entraînés dans un tourbillon d'émotions et de sensations qu'ils associent parfois à un état anormal ou, pire encore, à l'impression de perdre la raison. Aussi hésitent-ils souvent à confier ce qu'ils ressentent à leur entourage ou à se faire aider, de peur d'être mal compris, mal jugés ou franchement rejetés, voire taxés de faiblesse, de complaisance et même d'instabilité mentale. Qu'il soit plus ou moins fort ou passager, ce sentiment d'être anormal est justifié par le bouleversement du fonctionnement habituel ; le corps et l'affectivité réagissent et provoquent des changements d'habitudes, de pensées, d'intérêts, de comportements. Il est bon que les endeuillés et leurs proches sachent que ces perturbations ne sont pas l'indice d'un état anormal, bien au contraire.

Le deuil est affaire d'émotions, de déstabilisation, de réorganisation et d'adaptation. Mais il y a un temps pour chaque chose et le temps des premières réactions reliées à la perte doit se vivre. Bien sûr, personne ne réagit de la même façon, mais il est inutile de refouler son chagrin et de prétendre qu'il n'a aucun effet sur l'état physique, l'humeur et les agissements.

Autrefois, la mort d'un proche était intégrée davantage à la vie de la collectivité et celle-ci encourageait l'expression normale du deuil bien au-delà du temps des funérailles. Aujourd'hui, même si d'importants changements s'effectuent peu à peu dans ce domaine, on a encore souvent l'impression que notre société perçoit la mort et le deuil comme des sujets tabous, qu'elle ne reconnaît pas la douleur des endeuillés et qu'elle les pouse à " tourner la page " au plus vite. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que l'expression du deuil soit considérée comme anormale, alors qu'en réalité c'est le refoulement qui l'est.

La perte d'un être cher est une épreuve cruciale pour beaucoup de gens ; les personnes qui vivent cette situation devraient bénéficier du temps nécessaire à l'ajustement et d'une forme de soutien.

Être ébranlé par la mort d'un proche, avoir envie de pleurer et d'exprimer son chagrin, se sentir fatigué, frustré, révolté, perturbé, déprimé, tout cela est normal pendant quelque temps. Ce qui est anormal, c'est la tendance à escamoter le deuil, à le considérer comme un sujet dont il ne faut pas parler, et à attendre des personnes éprouvées qu'elles fonctionnent comme si rien ne s'était passé.

DEUIL-RESSOURCES
ROGER RÉGNIER et LINE SAINT-PIERRE

 




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