QU'EST-CE QUE LE DEUIL?
Habituellement, le mot deuil s'applique à la mort d'un proche.
Selon les définitions classiques, le phénomène de deuil est
aussi expérimenté lors de la perte d'un idéal ou de la patrie d'origine,
par exemple, ou encore à la suite de la perte d'un membre ou d'une
faculté, c'est-à-dire une partie de soi-même.
Par extension, et parfois de manière abusive, plusieurs types de
pertes et de renoncements sont désignés dans le langage courant
comme des deuils : la séparation ou le divorce, le départ d'un enfant
du foyer familial, un changement important de statut social ou
économique, l'abandon d'un projet qui tenait à coeur, la fin d'une
amitié, ou la perte de biens matériels, entre autres.
Il existe des similitudes et des différences particulières entre ces
types de renoncements. Mais dans cette chronique, nous ne
parlons que du deuil ressenti à la suite du décès d'un être cher.
Il est certain que toutes les pertes importantes de la vie
entraînent des renoncements plus ou moins pénibles qui,
normalement, aboutissement à une certaine acceptation
et à l'adaptation. En général, l'épreuve est alors perçue
comme faisant partie du cours normal de la vie, une
renonciation à ce tout ce qu'on doit abandonner,
une étape de transition. Vue sous cet angle, l'existence
humaine est une suite ininterrompue de changements
et de transitions, d'expérimentations et d'adaptations,
de possessions et de pertes, d'attachements et de
détachements. Dès lors, on peut facilement considérer
tous les renoncements comme des épreuves inévitables,
mais aussi comme des occasions d'apprentissages et de
développement. Toutefois, ce passage d'un état à un autre,
cette transition entre l'attachement et le détachement
nécessite une période d'adaptation plus ou moins longue
et difficile selon les circonstances. Adaptation à ce qui est
perdu et aux potentiels à explorer, au passé et à l'avenir.
Quand un être cher meurt, ce passage peut être
particulièrement difficile pour de nombreuses raisons.
Dans cette épreuve, l'adaptation à la nouvelle réalité est
désignée globalement par l'expression " travail de deuil ",
une tâche qui consiste à désinvestir de la relation perdue
et à se préparer à réinvestir dans la poursuite de l'existence.
On peut dire que le deuil est résolu quand l'endeuillé peut se
souvenir du passé avec sérénité et sans que les rappels
n'affectent sa qualité de vie présente. Autrement dit, le deuil
est terminé quand l'endeuillé peut vivre avec le
passé et non dans le passé, quand il peut se
souvenir sans souffrir.
Le deuil est une période cruciale de remises en question,
d'interrogations profondes et de multiples bouleversements.
De nombreux endeuillés ressentent diverses réactions
troublantes et quelquefois inquiétantes sur les plans
physique, émotionnel, psychique, spirituel et
comportemental. Cet ensemble de réactions constitue
à divers degrés ce qu'il est convenu d'appeler une dépression
situationnelle. Il faut savoir que cette dépression est normale
et transitoire et que dans la grande majorité des cas elle ne
nécessite pas de traitement médical ou thérapeutique. On
admet généralement que les meilleurs moyens de la surmonter
réside dans l'expression des émotions, dans le rattachement à
des personnes significatives, dans le maintien d'une bonne santé
physique et mentale, ainsi que dans la poursuite d'intérêts et de
projets valorisants. Cela dit, les effets du deuil sur la santé et
l'équilibre psychologique sont loin d'être négligeables. Aussi est-il
capital en certains cas de consulter un médecin ou un intervenant
avant que la situation se complique.
DEUIL-RESSOURCES
ROGER RÉGNIER et LINE SAINT-PIERRE
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